1897 LA FORTIFICATION ÉCLATÉE
SOMMAIRE :
1897 La fortification éclatée
L’architecture des forts sera remise en question vers 1995 par le développement des moyens d’observation aériens, ballons captifs et dirigeables. En effet, les fossés qui entouraient les forts masses étaient maintenant facilement repérables depuis les airs, facilitant ainsi un réglage rapide et précis d’un tir d’artillerie à longue distance.
La concentration de l’ensemble des organes d’un fort dans un seul et unique ouvrage quel que soit son niveau de protection était devenue impossible.
Il a fallu repenser en profondeur l’organisation et l’architecture des fortifications.
Le précurseur : la Feste Kaiser Wilhelm II
Les essais menés à la Feste Kaiser Wilhelm II ont conduit à l’adoption de l’embrasure minimale pour les tourelles d’artillerie mais ont mis en évidence la nécessité d’une ventilation électrique. Ceci explique que les deux premiers forts de Mutzig seront dotés des toutes premières centrales de production électrique. La réponse imaginée vers 1897 lors de la planification du troisième fort à Mutzig sera de supprimer le fossé qui entourait un fort. Ainsi s’est ouvert la voie de la fortification éclatée, baptisée « Feste » en Allemagne, qui consiste à construire des ouvrages beaucoup plus petits qui, chacun prenant en charge une fonction, sont répartis sur le terrain disponible et qui sont reliés entre eux par de longues galeries souterraines éclairée électriquement.
Les Festen seront dotées d’une centrale électrique, la Feste Kaiser Wilhelm II par contre dispose de 4 centrales.
L’électrification gagnera progressivement l’ensemble des systèmes embarqués : la ventilation, l’éclairage y compris des projecteurs à arc pour les casemates pour mitrailleuses, le téléphone, le appareils à ozone, les pétrins mécaniques, le remplissage automatique des citernes à eau et une première mondiale : la transmission radio à longue distance en 1898 entre Strasbourg et la Feste Kaiser Wilhelm II.
En France
Le renforcement et le cuirassement des forts construits avant la crise de l’obus à brisance sera la règle. La contrainte budgétaire mais aussi des joutes politiques empêcheront de mettre en chantier, comme en Allemagne, une nouvelle génération de fortifications.
Certains forts seront dotés de groupes électrogènes vers 1912 ou après l’entrée en guerre. Quelques très rares forts seront peu à peu transformés en centre de résistance avec un début d’éclatement. Deux tourelles à embrasure minimale seront également installées en juin 1914 dans une batterie extérieure du fort de Longchamp à Epinal.
En Allemagne
La construction de la Feste Kaiser Wilhelm II, prototype de la Feste et fortification expérimentale, ouvre la voie à une nouvelle génération de fortifications, les « Festen », autour de Metz et de Thionville.
Voici l’aboutissement de la nouvelle architecture d’une Feste : la Feste Kaiserin vers 1900.
Deux batteries avec 3 tourelles pour obusier de 15cm et deux batteries pour tourelles de 10cm, plusieurs abris d’infanterie et cinq observatoires d’artillerie entièrement reliés par des galeries à une profondeur minimale de 8 mètres. Une électrification complète pour l’aération, l’éclairage, les transmissions et le fonctionnement général.




Le précurseur : la Feste Kaiser Wilhelm II
Le siège et l’attaque de Port Arthur, fortification russe constituée d’ouvrages en béton armé et avec des galeries à plusieurs mètres de profondeur, par l’armée japonaise vont soumettre à l’épreuve du feu ces nouvelles techniques.
Un décollement de ménisque (effet baptisé plus tard d’effet Hopkinson) se produit sous un tir d’artillerie massif provoquant la panique des équipages et une reddition alors que le toit a globalement résisté. Certaines galeries à pied droit se sont effondrées sous l’action du compactage des sols lors du bombardement. Enfin les japonais ont utilisés des mines d’attaque alors que les ouvrages de contremines avaient été déclarées inutiles.
Les améliorations introduites en réponse à ces enseignements


Une galerie ovoïde utilise le principe des claveaux utilisés pour confectionner des voutes. Une galerie ovoïde résiste à des pressions latérales.


La corrosion suffit à dégrader fortement les plafond des ouvrages en béton armé. La tôle ondulée galvanisée, utilisée à partir de 1912, empêche ce délitement.


Les forts de la génération 1872-1980 ont encore été dotés de galeries de contreminage classique.
Les Festen recevrons après 1910 des structures permettant de creuser de telles galeries sous le feu de l’ennemi. Le plancher amovible permettre de déverser les matériaux dans la fosse.
Plusieurs départs de galeries ont été aménagés, le creusement lui-même est laissé à l’initiative du commandant du fort.
Les ultimes évolutions avant la guerre de 1914-18
En France
Les intervalles sont renforcés

Les places fortes les plus exposées seront modernisée à partir de 1908, le manque de budget a fortement retardé ces chantiers. De nombreux petits ouvrages entièrement bétonnés formant parfois des centres de résistance comprenant plusieurs ouvrages seront construits dans les intervales des forts.
En Allemagne
Deux concepts en parallèle

La Feste von der Golz (1907-1916) n’a pas été achevée. Elle dispose d’une galerie longue de plus 3 kilomètres qui relie tous les ouvrages, batteries, observatoires, poste de commandement doté d’un ascenseur, centrale électrique, les ouvrages d’infanterie et les organes de flanquement. Cette galerie est paralélle à la ligne défensive, elle préfigure les fortifications allemandes des années 1936.

On peut considérer le fort de Longchamp comme le plus moderne en France avant la première guerre mondiale. Mais toujours issu d’un fort masse entouré d’un fossé il est bien trop concentré pour offrir une capacité défensive raisonnable. Des moyens d’artillerie insuffisants en quantité et en rayon d’action, l’absence de moyens d’observation performants et d’électrification accroit encore le fossé avec les festen allemandes.

La position du Horimont (1912-1916) se présente comme une ligne défensive en profondeur, pas de gros ouvrages, pas de centrale électrique, pas de tourelles d’artillerie.
Par contre de nombreux coffres armés de canons de 7cm et/ou de mitrailleuses forment une ligne défensive extrêmement bien défendue pour un coût bien inférieur à une Feste.
