1893 LA FORTIFICATION CUIRASSÉE

1893 La fortification cuirassée

La mission principale d’une fortification consiste à dominer les réseaux routiers et ferroviaires situés dans le rayon d’action de son artillerie. La protection des canons devenait une priorité absolue. Le temps des canons positionnés sur les dessus des forts est révolu.


Utiliser des cuirassements pour protéger les pièces d’artillerie était envisagé depuis quelques années déjà avant la crise de l’obus à Brisance. Mais ce n’est qu’avec le développement de la sidérurgie de l’acier que la production de cuirassements efficaces sera possible.
Dans le cadre des renforcements de nombreux systèmes d’observation et quelques tourelles cuirassées ont été installées. Mais la crise de l’obus à brisance imposera des cuirasses en acier.

La fortification cuirassée

La crise de l’obus à brisance va contraindre les services des fortifications à chercher des solutions de protection pour l’artillerie. En collaboration avec des officiers artilleurs, les industriels sidérurgiques vont concevoir et produire une première génération de cuirassements en fonte durcie.

En France

Toul : Villey-le-Sec
Toul : Villey-le-Sec

Le commandant du génie Henri-Louis-Philippe Mougin, secrétaire de la « Commission des Cuirassements », donnera son nom à une tourelle pour deux canons de 155mm, dont le coût s’élève à 205 000 F. Vingt cinq exemplaires furent installés de 1879 à 1887, construites par les sociétés Châtillon et Commentry (à Saint-Chamond) et Schneider (au Creusot).

En Allemagne

Metz : Fort Kameke
Metz : Fort Kameke

L’officier ingénieur Maximilian Schumann quitte l’armée prussienne en 1872 pour se consacrer au développement des cuirassements. En 1882 il fusionne sa société avec les Grusonwerke de Magdeburg. La tourelle de 1876 « Hartguss-Panzerthurm für zwei 15 cm Kanonen L 25 in Minimalscharten-Laffeten C 84/85 », en fonte durcie est armée de deux canons de 15 cm. 5 exemplaires furent installés à Metz, Cologne et Ingolstadt

Les tourelles d’artillerie

La fonte durci de ces premières tourelles n’offrait pas une protection suffisante contre les nouveaux obus à brisance. Vers 18850 l’industrie sidérurgique de l’acier est capable, grâce à l’électricité, de produire de lourdes pièces en acier coulé. Une nouvelle période s’ouvre.

Batterie de l'Eperon (Nacy) : Tourelle Galopin modèle 1892
Batterie de l’Eperon (Nacy) : Tourelle Galopin modèle 1892

En 1889, le capitaine Alfred Galopin du Service des Cuirassements présente le projet d’une tourelle à éclipse. Sa masse considérable et son coût de 850 000 F expliquent qu’elle n’a été fabriquée par la firme Schneider (au Creusot) et installée qu’à 5 exemplaires à partir de 1891 à Manonviller, Frouard (Batterie de l’Eperon), Pont-Saint-Vincent et Arches.

Portée de tir : 7 500 mètres
Cadence de tir : 4 coups par minute
Coût : 800 000 F

Les essais comparatifs de Mutzig : éclipse ou embrasure minimale ?

8 tourelles à éclipse (6cmKiVl) et 8 tourelles à embrasure minimale (15cm TH), installés dans les Forts Est et Ouest, seront soumis à des tests approfondis pour clarifier le débat entre les deux systèmes.

Feste Kaiser Wilhelm II à Mutzig : tourelle à éclipse
(6cm i v.L.)

Cette tourelle à éclipse sera la seule et unique tourelle à éclise allemande. Trop chère, trop compliquée et peu performante.
Portée de tir ‘cartouche à balle): 500 m
Cadence de tir : 25 coups par minute
Cout : 51 110 F

Feste Kaiser Wilhelm II à Mutzig : tourelle pour obusier de 15cm
(15cm HPT 93)

La première version (1893) a été remplacée au bout d’une série de 12 (8 pour FKW II et 4 pour Graudentz) par la version 1895 (46 tourelles pour Metz, 4 pour Graudenz et 8 pour Graudenz).
Portée de tir : 7 500 mètres
Cadence de tir : 2 à 4 coups par minute
Cout : 87 563 F

En Allemagne, l’état-major souhaite mener une expérimentation complète visant à étudier les avantages et inconvénients des deux systèmes permettant une protection de l’embrasure de tir. La future tourelle de 10cm des Festen allemande ne sera développée qu’après la validation du système dit à éclipse ou celui de l’embrasure minimale. A cet effet, la Feste de Mutzig sera dotée en 1893-95 de 8 tourelles à éclipse et de 8 tourelles à embrasure minimale afin d’apporter des réponses pratiques.


La montée en puissance

Fort d'Uxegney (Epinal) : Tourelle Galopin modèle 1907
Fort d’Uxegney (Epinal) : Tourelle Galopin modèle 1907

Une version à un seul canon de la tourelle Galopin sera mis au point sur la base de la première version de 1892. Son diamètre a été réduit et par conséquence la masse. Le canon de 155 R 07 possède les mêmes paramètres de tir que le canon de la version de 1892. Par contre le coût a été ramené à 450 000 F.
Douze engins ont été installé (Uxegney, Douaumont, Le Roselier, Moulainville, etc.).

Feste Kaiser Wilhelm II : Tourelle de 10cm (10cm P.T.)
Feste Kaiser Wilhelm II : Tourelle de 10cm (10cm P.T.)

Les deux années de test à Mutzig ont permis d’identifier clairement les avantages de la solution à embrasure minimale. La tourelle de 10 cm sera par conséquence développée avec cette technique.

Portée de tir : 10 800 mètres
Cadence de tir : 9 coups par minute
Masse : 70 à 85 tonnes selon la version
Coût : 197 300 F
69 tourelles seront installées (Metz, Mutzig, Strasbourg et Thionville, une seule à Thorn (Pologne)).

Fort d'Uxegney (Epinal) : Tourelle de 75 modèle 1905
Fort d’Uxegney (Epinal) : Tourelle de 75 modèle 1905

Cette tourelle à éclipse est armée de deux canons de 75 mm.
Portée de tir : 5 000 mètres
Cadence de tir : 22 coups par minute
Masse : 85 tonnes
Coût : 130 000 F
57 tourelles de ce type seront installée entre 1905 et 1914.

Feste Kaiser Wilhelm II : batterie 6
Feste Kaiser Wilhelm II : batterie 6

Les Festen allemandes sont dotées de 2 à 4 batteries dotées de 3 à 4 tourelles pour canon de 10 cm qui peuvent tirer des obus à brisance, des obus à balles et des obus schrapnell.


L’observation d’artillerie

Fort d'Uxegney (Epinal) : observatoire cuirassé
Fort d’Uxegney (Epinal) : observatoire cuirassé

En France un seul modèle d’observatoire cuirassé a été installé. Il offrait une petite cible, était bien protégé par 20 cm de blindage mais n’offrait que peu de place et interdisait l’installation d’optiques performantes.
Masse : 7,5 tonnes
Coût : 7 000 F
Environ 175 observatoires de type ont été déployés.

Feste Kaiser Wilhelm II: Observatoire 05 (P.B.St.05)
Feste Kaiser Wilhelm II: Observatoire 05 (P.B.St.05)

Cette cloche d’observation remplace avantageusement les deux premieres tourelles (94 et 96), trop coûteuses. Elle était dotée d’une lunette binoculaire offrant un grossissement de 6,5 à 13 x.
Masse : 21 850 tonnes
Coût : 117 931 F
Une petite trentaine a été installée.


L’observation d’artillerie

Fort d'Uxegney (Epinal) : casemate de Bourges
Fort d’Uxegney (Epinal) : casemate de Bourges

Les essais menés à Bourges ont conduit à l’adoption en 1899 de la casemate de flanquement de la ligne de défense appelée « Casemate de Bourges ».
Les deux canons de 95 mm modèle 1888 seront remplacés à partir de 1902 par deux canons de 75 mm à tir rapide (28 coups par minute).

Casemate pour canons de 77mm

A partir de 1909 une dizaine de casemates cuirassées pour 2 canons de 77mm ont été installées dans les festen de Metz et à la Feste Istein. Leur rôle sera assez rapidement pris en charge par casemates des mitrailleuses, nettement moins chères et plus flexibles.

🡸 1886 : LES RENFORCEMENTS : LE BÉTON ET DIVERSES MODIFICATIONS1897 : LA FORTIFICATION ÉCLATÉE 🡺