1920-1939 LES LIGNES DÉFENSIVES

1920-1939 Les lignes défensives

La première guerre mondiale a clairement montré que les fortifications permanentes, construites en temps de paix, engloutissent des budgets considérables et subissent une obsolescence inévitable, en raison des incessants progrès techniques produits par les sociétés industrielles.


Le désastreux traité de paix de Versailles signé le 28 juin 1919 fait entrer l’Europe dans une nouvelle ère de tensions politiques et militaires. La crise financière de 1929 portera un coup fatal à la jeune démocratie allemande confrontée à la paupérisation dramatique de la population et au discours populiste d’un nouveau parti le NSDAP. Le parti nationaliste et fasciste arrive au pouvoir en toute légalité à la faveur de ce contexte.

En France

La France, obnubilée par sa revanche, occupe la rive gauche du Rhin et les mines charbon et de fer de la Sarre. Elle impose une démilitarisation quasi complète de l’Allemagne et exige le paiement des indemnités fixées par le traité quelque soit la situation sociale en Allemagne. Face au péril fasciste elle n’est pas capable d’aider la jeune république de Weimar, elle persévère dans sa volonté de détruire les potentialités allemandes et se prépare à une nouvelle guerre.

La mise en chantier de la Ligne Maginot en 1928 détruit tout espoir d’une coexistence pacifique entre la France et l’Allemagne.

En Allemagne

Le paiement des énormes indemnités de guerre conjugué à une inflation incontrôlable paupérise dramatiquement la population allemande qui s’accroche à l’espoir illusoire de promesses du parti nazi. La construction de la Ligne Maginot n’est évidemment pas perçue comme un signe positif par l’opinion publique allemande.
Le piège mortel du nazisme se referme avec la nomination d’Adolphe Hitler le 30 janvier 1933 comme chancelier.

La remilitarisation sera définitivement actée par la création en 1935 de la Wehrmacht en remplacement de la Reichswehr imposée par le traité de Versailles.

La frontière franco-allemande vers 1935 (d'après J.B. Wahl)
La frontière franco-allemande vers 1935 (d’après J.B. Wahl)

Les frontières de l’Est, avec l’Allemagne et l’Italie, constituent, comme en 1872, les zones d’enclenchement du futur conflit. A l’instar des lignes défensives « Séré de Rivières » le ministre de la guerre André Maginot fait voter les budgets pour ériger des lignes défensives le long de ces frontières. Ces lignes seront constituées d’ouvrages indépendants, éloigné de quelques kilomètres les uns des autres afin de leur permettre de se protéger mutuellement par l’action de leur artillerie. Les ouvrages Maginot obéissent plus ou moins à un schéma dérivé du fort palmé. La découverte des Festes allemandes après l’armistice de 1918 et l’analyse des sièges de la première guerre mondiale influenceront fortement les ingénieurs qui développeront le concept des ouvrages.
Les blocs de combats sont situés sur les avants au niveau de la ligne défensive, ils sont construits sur deux niveaux : le niveau supérieur avec les tourelles d’artillerie et les casemates d’infanterie est connecté au niveau souterrain à une profondeur de 20 à 30 mètres par un escalier et un ascenseur. Les blocs sont reliés par une galerie principale longue de quelques centaines de mètres aux arrières ou sont regroupés la logistique, les stocks de munitions, la centrale électrique et le casernement de la garnison. Cette galerie, dotée d’un train électrique constitue la dorsale technique des ouvrages.
L’ensemble des locaux est équipé de moyens de mise en surpression pour une protection contre les gaz de combats.
La complexité des systèmes embarqués dans les ouvrages imposera la constitution de troupes de forteresses spécialisées avec un ratio de un tireur pour une quarantaine d’hommes nécessaire au fonctionnement de l’ouvrage.

La ligne Maginot disposait de :
142 ouvrages,
352 casemates,
78 abris
17 observatoires,
environ 5000 blockhaus.
La ligne Maginot a coûté plus de cinq milliards de francs de 1930 à 1936.

Les énormes coûts de construction imposeront des nombreuses mesures d’économie lors de l’établissement des plans et impacteront les autres besoins des armées. La formation d’une génération entière de militaires à la défensive s’avèrera également un problème majeur.
On peut enfin relever l’absence de moyens anti-aériens et la relative faiblesse des moyens antichars et des portées de tir trop courtes pour maintenir l’artillerie ennemies hors de portée.

La mission historique principale des fortifications qui consistait à verrouiller les points de passage obligés, ponts, carrefours, routes, lignes de chemin de fer, etc. est remise en cause par le développement massif des moyens d’affranchissement du terrain, aéronefs et engins tout-terrain. L’illusoire devise « On ne passe pas » n’avait plus de consistance à partir du moment où il était possible de passer par-dessus ou à côté.

1936-1937 Oder-Warthe-Bogen

Le projet initial

La remilitarisation de l’Allemagne commence dès 1933. Le service des fortifications est recréé. Les premiers projets sont élaborés sur la base des constructions d’avant la première guerre mondiale, des leçons acquises lors des combats de la première guerre mondiale, de l’évolution des techniques et de ce que les services de renseignement fournissent comme éléments de la Ligne Maginot.

La protection de Berlin, capitale de l’empire, contre une attaque russe constituait une priorité. La géographie offrait une configuration idéale à 120 km à l’est de Berlin et à 30 km de la frontière polonaise. Le projet débute en 1934, il prévoyait de fortifier la zone située entre les rivières Warthe au Nord à la rivière Oder au Sud, utilisant un petit relief qui domine de quelques mètres le terrain vers l’Est.
La longueur totale devait atteindre 120 km.

Le secteur central mis en chantier

La partie centrale sera mis en chantier pour une longueur d’environ 32 km.
Le projet comportait un nombre impressionnant d’ouvrages :

  • 15 ouvrages type A
  • 13 ouvrages dormants type A1
  • 79 ouvrages type B
  • 4 batteries type A
  • Soit 111 ouvrages en tout

Comparaison

Lige Maginot

Réseau antichars (Rails de chemin de fer)

Oder-Warthe-Bogen

Réseau antichar (Tétraèdres en béton)
Galerie
Galerie

Les galeries sont construites à pied droit, l’exemple des galeries ovoïdes allemandes n’a pas été repris. Elles permettaient de ravitailler les blocs de combats en munitions, les hommes en nourriture grace à un train à traction électrique depuis les zones arrières ou se trouvaient les magasins principaux de munitions, les cuisines, le casernement, l’hôpital, etc. La distance entre les arrières et les blocs de combat varie de quelques centaines de mètres à exceptionnellement 2 ou 3 km en fonction de la topographie des lieux.

Cette galerie principale est toujours perpendiculaire à la ligne défensive

Galerie
Galerie

Les galeries de liaison, profondes d’une trentaine de mètres, sont les héritières des galeries ovoïdes des Festes allemandes (1910). Leurs dimensions varient selon les flux à gérer. Six profils ont été déclinés sur ce principe : le profil abri avec 5 mètres de haut pour 2 étages, le profil gare avec 4.20 mètres, le profil galerie principale avec 3,55 mètres, les 3 petits profils varient de 2,80 à 2.20 mètres de hauteur.

La galerie principale est paralèlle à la ligne défensive, elle relie 10 gares et est longue de 10 km environ.

Les blocs de combat, les batteries et les entrées ont connectés aux gares par des galeries secondaires. Le réseau souterrain représente environ 23 km de galeries, tous profils confondus.

Un train de ravitallement (Schoenenbourg)
Un train de ravitallement (Schoenenbourg)
Un train de ravitaillement (OWB) dessin de R.M. Jurga
Un train de ravitaillement (OWB) dessin de R.M. Jurga

Les trains de la Ligne Maginot sont alimentés par un caténaire en 600v alors que les trains du OWB fonctionnent sur accumulateur.

Tourelle de 75 - 33 pour 2 canons
Tourelle de 75 – 33 pour 2 canons

Caractéristiques de la tourelle 75/33, la plus moderne de la Ligne Maginot :

  • Masse totale : 265 tonnes
  • 2 canons à chargement semi automatique
  • Calibre : 75 mm
  • Portée de tir :12 km
  • Cadence de tir : 13 coups/minute par canon
  • Nombre de tourelles installées : 21 (42 canons)
Tourelle de 10/15 cm (non construit)

Caractéristiques théoriques de la tourelle 10cm dont des éléments ont livrés sur le chantier du OWB mais qui n’ont pas été montés :

  • Masse totale : 470/670 tonnes
  • Epaisseur du blindage : 600 mm
  • 1 canon à chargement automatique
  • Calibre : 105 mm ou 150
  • Portée de tir : 21 km

Analyse finale

Des doutes sur la pertinence de la construction du OWB se sont fait jour au sein du commandement de l’armée. Un voyage d’étude sur le site du OWB en construction a été envisagé pour évaluer les avantages et inconvénients d’une telle fortification. Le ministre de la guerre v Blomberg, les généraux Keitel et Fromm, le chef d’état-major de l’armée, l’inspecteur des fortifications ainsi que Hitler en personne ont participés à cette inspection.
Le voyage a été programmé le 30 octobre 1935 avec un train spécial pour une visite sur le site de 6 heures. Le chantier était en cours depuis 18 mois, les ouvrages déjà construits relevaient de la norme B et des batteries à la norme A étaient en projet, déjà partiellement commencé, une partie de cuirassement déjà livrée dans les gares.

Le projet sera approuvé dans un premier temps par Hitler.
L’illusion qu’une ligne fortifiée bénéficiant des dernières techniques disponibles et dotée d’une bonne capacité de résistance contre une artillerie et une aviation moderne puisses être conçue et construite sans gravement impacter la capacité de les financer dans un délai raisonnable et de ne pas être atteint d’une obsolescence technique est présente dans les systèmes français et allemands. La démesure du projet « Oder Warthe Bogen » allemand fera que le projet sera stoppé au bout de 2 ans à peine pour des raisons multiples. La doctrine défensive deviendra une doctrine offensive qui privilégie les moyens mobiles, la rapidité des déplacements et finalement conduira au concept de Blitzkrieg. La stratégie ne peut plus reposer sur un concept défensif pur.
La campagne de France et l’inutilité de la ligne Maginot le démontrera.

Le Westwall

Le projet sera rapidement confronté aux très longs délais de fabrication des cuirassements, près de 15 ans, aux énormes coûts de construction et à l’évolution de la situation politique à l’Est avec la signature du Pacte germano-soviétique le 23 août 1939 et l’invasion de la Pologne.
La sévère critique par Hitler en juillet 1938 du concept même du OWB et le remplacement du général Förster en novembre 1938 à la tête de l’inspection des Fortifications portera un coup fatal au système de fortification de ce type.

Complètement anachroniques ces ouvrages immobilisent trop de troupes non combattantes et sont équipés d’armements spécifiques non déplaçables.

Contrairement au OWB, énorme complexe souterrain reliant de nombreux blocs de combat dotés d’armements spécifiques, le Westwall sera constitué de très nombreux blocs de combat isolés, dérivés de plans types. Sa structure et son organisation s’inspire bien plus d’une fortification de campagne que d’une fortification permanente avec ses réseaux antichars en béton et ses 3 lignes couvrant une profondeur d’environ 50 km.

Les affûts et créneaux de tir des ouvrages sont conçus pour accueillir les armes en dotation dans les unités combattantes, ce qui rend la gestion très flexible, ne nécessitent que très peu de formation pour les troupes et comprime largement les coûts de construction. Aucune troupe spécialisée n’est nécessaire, comme ce fut le cas des Festes de la première guerre mondiale.

Le tracé du Westwall
Le tracé du Westwall
Obstacles antichars
Obstacles antichars
🡸 1914 : L’ÉPREUVE DU FEU1939-1945 : LA FIN DES SYSTÈMES FORTIFIÉS 🡺